L’ITIE tenait sa 5e conférence mondiale, avec pour thème « la transparence compte », à Paris ces 2 et 3 mars 2011.  Cette initiative, créée en 2002, rassemble des gouvernements, entreprises et représentants de la société civile des pays adhérents.  Ces différents collèges sont représentés au sein du Conseil d’administration, ce qui en fait une véritable institution multipartite.  L’objectif affiché est de veiller à une meilleure transparence et gouvernance des revenus du pétrole, du gaz et des minerais.  Pour ce faire, les états et industries adhérents déclarent les revenus respectivement perçus et payés, ce qui permet à la société civile de vérifier la concordance des déclarations et l’usage de ces moyens financiers.

L’ITIE fixe donc une norme internationale volontaire de publication des bénéfices tirés et perçus de l’exploitation des ressources extractives.  A ce jour, on estime que 3,5 milliards de personnes vivent dans des pays riches en matières premières dont la bonne gouvernance peut contribuer à un développement durable et la lutte contre la pauvreté.  A l’inverse, ces richesses mal gérées peuvent mener à la corruption et aux conflits, c’est ce que les économistes appellent « la malédiction des ressources ».

L’ITIE repose sur une méthodologie solide et flexible qui garantit le maintien d’une norme globale dans les différents pays membres chargés d’élaborer leur propre modèle de mise en oeuvre en fonction du contexte local.  Il s’agit donc d’une norme internationale qui favorise la transparence locale des revenus du secteur extractif.

Aujourd’hui, 11 pays sont conformes à l’ITIE (République Centrafricaine, République Kirghize, Niger, Nigeria, Norvège, Yémen, Azerbaïdjan, Ghana, Liberia, Mongolie et Timor Leste) et deux sont nouvellement candidats (Guatemala et Trinité et Tobago), ce qui porte à 35 le nombre d’états mettant actuellement en oeuvre les normes ITIE à travers le monde.

Si la transparence, en soi, ne garantit pas une bonne gestion des ressources naturelles, elle est une première étape, condition nécessaire mais pas suffisante.  Ces dernières années, la demande des matières premières, et donc leur prix, s’envolent et renforcent encore la nécessité d’une plus grande clarté et responsabilité dans le secteur.

La 5e conférence mondiale de l’ITIE a rassemblé cette année des centaines de participants, représentants des gouvernements, des entreprises et de la société civile venant de plus de 80 pays.  C’était l’occasion d’évaluer l’impact de l’initiative sur les conditions de vie des populations concernées et d’envisager l’avenir en la matière.

Participant à la session, George Soros a souligné avec justesse qu’ « avec les changements politiques dans de nombreux pays riches en matières premières, il n’y a jamais eu de meilleure opportunité pour les gouvernements, les entreprises et la société civile de travailler ensemble pour améliorer la manière dont le pétrole, le gaz et les ressources minérales sont gérés et distribués ».

Enfin à l’occasion de cette conférence, Peter Eigen a passé la main à Clare Short, ancienne secrétaire d’état britannique pour le développement international, élue nouvelle présidente de l’ITIE.

S’il est permis de tirer l’une ou l’autre modestes conclusions de la 5e conférence de l’ITIE, nous en retiendrons le nombre important de participants de tous bords, excellent signe d’une prise de conscience réelle de la nécessité d’une plus grande transparence dans le secteur extractif, condition nécessaire à une meilleure gouvernance; l’implication grandissante des industries dans le processus, en effet celles-ci sont obligées de se soumettre au cadre si l’état dans lequel elles exercent, a adhéré à l’ITIE; et enfin l’impression forte que la marche arrière ou le statut quo n’est plus possible en la matière avec la progressive mais inéluctable prise en charge de leur développement par les citoyens eux-mêmes.

Par Emmanuelle Devuyst

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