Lorsque l’on veut éviter des débats endiablés au cours d’un repas de famille, il est de coutume d’éviter deux sujets de discorde : la politique et la religion. Il est donc logique que tous les deux ans, les jésuites organisent à Venise un workshop pour jeune de 18-30 ans sur le thème suivant : faith and politics.

Cette année, une trentaine de jeunes de l’Union européenne (Albanie, Angleterre, Espagne, France, Irlande, Italie, Portugal) mais aussi de l’Ukraine et des États-Unis se sont rassemblés, sur fond de tensions en Europe. Ayant participé à cette semaine intense grâce au JESC, nous avons pu réfléchir sur la nécessité de trouver des réponses face à la crise des migrants et à la montée des extrêmes en Europe, mais aussi à une échelle plus globale nous interroger sur notre réponse à apporter à la problématique du dérèglement climatique.

Parmi les nombreux intervenants, nous avons eu la chance d’échanger entre autres avec Justin McDermott, Conseiller du représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la Migration et le Développement (Peter Sutherland) et Pierre Martinot-Lagarde, Conseiller spécial au Bureau International du Travail (BIT) pour les affaires socio-religieuses.

Le BIT est une agence spécialisée du système des Nations Unies présente dans 63 pays et Pierre fait partie d’une équipe chargée des relations extérieures qui travaille avec le Directeur Général. Il est de coutume qu’un Jésuite occupe ce poste et Pierre nous a expliqué comment il mène à bien sa mission qui consiste à entretenir des liens avec d’autres groupes religieux sur la question du « travail décent », c’est-à-dire le respect des droits des travailleurs, la promotion de l’emploi et du dialogue social.

Justin McDermott, derrière son accent suèdo-irlando-sud-africain, nous a expliqué les tenants et les aboutissants des missions de maintien de la paix des Nations Unies et leurs enjeux quant aux flux de migrants. Un atelier d’une demi-journée nous a également permis de simuler une discussion tripartite entre le Conseil européen, la Commission européen et plusieurs États Membres, spécialement réunis dans le but de trouver un accord visant à accueillir les migrants. Quand bien même les participants étaient réceptifs à de telles problématiques, nous avons pu avoir un aperçu des difficultés à trouver un compromis ambitieux en la matière.

La médiation se révèle alors un outil précieux et Emmanuele Iula, jésuite Romain et organisateur du workshop, nous a donné quelques notions introductives à cet outil de justice restaurative. Il nous a notamment appris à utiliser nos sens pour essayer dans un premier temps de « nous sentir nous-même » avant de tenter d’appréhender les autres. En effet, Emmanuele nous révèle que « par le biais du sentir, le médiateur invite les médiants à entrer en contact avec la partie la plus intime d’eux-mêmes et à s’écouter mutuellement ».

Finalement, comme le rappelait Edmond Grace, l’un des organisateurs du workshop qui a longtemps travaillé avec des politiciens Irlandais et des acteurs publics afin de (ré)imaginer ce qu’implique la démocratie, « vivre sa foi dans le chaos de la politique et une manière particulière de répondre à l’appel du Christ et ce workshop tend à donner des outils aux participants pour considérer cet appel dans leurs propres vies »

Ainsi, nous étions une trentaine à partager cette expérience qui a fait apparaitre un précieux sens d’identité européenne et de fraternité. Rassembler sur des sujets de divergence, c’est peut-être cela la force du workshop faith and politics.

Jean François

Le Venice Faith and Politics Workshop est organisé tous les deux ans par un réseau européen de Jésuites. Pour plus d’informations, voir http://faithandpolitics.eu/